A travers ce blog, j'espère vous donner envie de lire ces oeuvres qui m'ont touchée, marquée. Notes de lectures, présentations de livres, avis personnels... Ce ne sont pas les analyses d'un professeur de Lettres, mais plutôt d'une lectrice qui souhaite partager sa passion.

vendredi 11 septembre 2015

LE TOURNANT, Histoire d’une vie 
de Klaus Mann  


J’ai beau ne pas être un jeune garçon, je n’en ai pas moins été passionnée par la lecture du Tournant, Histoire d’une vie, l’autobiographie de Klaus Mann. Car en écrivant l’histoire de sa vie, Klaus Mann – qui était homosexuel – avait l’espoir de toucher les générations futures, plutôt de sexe masculin. Ce n’est pas de la misogynie de sa part (il a eu au contraire de nombreuses amies proches), mais sans doute une sorte de naïveté, d’idéalisme, que l’on retrouve dans sa pensée. Klaus Mann était un pur, un irréductible qui n’a jamais dévié de ses convictions antifascistes, qui étaient particulièrement courageuses à son époque.

C’est aussi un grand écrivain, que je découvre bien tard, alors que je connais Thomas Mann, son père, depuis mon adolescence. Il appelait d’ailleurs l’auteur de La montage magique, « le Magicien », avec un grand respect, malgré l’ombre que la gloire de celui-ci lui faisait.  Il commence à écrire très tôt – dès l’adolescence – et essaye de se faire un nom, sans jamais se décourager. Il a dû faire preuve d’une force de caractère impressionnante pour ne pas être totalement écrasé par la renommée de son père – qui l’a toujours encouragé. Sa production est énorme : essais, nouvelles, romans, pièces de théâtre, critiques littéraires, journalisme (il travaille même sur un scénario à la fin de sa vie)… Son autobiographie donne un aperçu de ses écrits et donne d’autant plus envie de les lire qu’il parle de leur élaboration.

Intellectuel engagé, Klaus Mann a été l’un des premiers écrivains allemands à réaliser le danger de la montée du fascisme, dès 1925. Alors qu’à 19 ans, il découvre Rome, la présence de Mussolini la lui fait détester. À cette époque, il ne réagit que de manière instinctive : il ne s’intéresse pas encore à la politique. C’est sa nature humaniste qui parle. Tout au long du récit de sa vie, ce qui frappe, ce n’est pas seulement la très grande intelligence de cet homme, mais c’est aussi sa lucidité sur tous les événements qui se passent en Europe. Dès 1933, il fuira l’Allemagne, essayant vainement de faire comprendre ses motivations à Stefan Zweig, qu’il admire. Privé de son passeport, comme tous ceux qui fuient le nazisme, il abandonnera sa nationalité allemande sans regret pour d’abord, devenir Tchèque, puis Américain, au cours de la guerre.

Ce qu’il raconte sur la montée du nazisme et sur la politique européenne pendant les années 30-40 est édifiant : on en apprend plus que dans un livre d’histoire. Il porte un regard sans concession sur l’inconscience, la malhonnêteté intellectuelle, ou la lâcheté des uns et des autres. Mais Klaus Mann est un homme mondain et amoureux des gens comme de la vie. Il voyage beaucoup, vit dans les hôtels, et découvre l’Amérique ainsi que l’Afrique du Nord et de nombreux pays européens. Il se liera d’amitié avec d’innombrables artistes comme André Gide ou Jean Cocteau, et rencontrera tous les intellectuels de son époque. Pendant son exil – d’abord en Hollande puis aux États-Unis où il finit par s’installer – il va créer trois revues littéraires ou s’exprimeront les plus grands libres penseurs de son temps.

Exilé aux États-Unis en 1936 avec sa chère sœur Erika dont il se sépare le moins possible, il vit entre New York et la Californie, où ses parents finissent pas s’installer. Quand la guerre éclate, il s’enrôle dans l’armée américaine pour combattre son propre pays d’origine. À cette époque, il a déjà décidé d’abandonner sa langue maternelle et commence à rédiger son autobiographie en anglais : The Turning Point – qui deviendra Le Tournant dans sa version enrichie, la traduction allemande faite non pas par lui, mais par sa sœur Monika. Il explique la différence entre ces deux livres dans une postface très émouvante, écrite un mois avant sa mort à Cannes, à seulement 42 ans. Marqué toute sa vie par le suicide de nombreux proches, dont un de ses compagnons, Klaus Mann sera finalement victime de cette malédiction. Tout jeune déjà, Klaus Mann pensait au suicide, hanté par l’idée de Decision, de Cross-road, de Tournant (tous des titres de ses ouvrages) : un seul pas dans l’une ou l’autre direction peut être un choix sans retour possible.




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